Le programme d’allègement budgétaire de la Confédération pèse sur les villes
Franziska Bitzi Staub est directrice des finances de la Ville de Lucerne et présidente de la Conférence des directrices et directeurs des finances des villes CDFV.
En tant que directrice des finances de la Ville de Lucerne, je me réjouis de constater une évolution financière stable. Bien que le niveau des recettes fiscales reste élevé, Lucerne doit elle aussi faire face à des défis financiers. D’une part, il est prévu de réaliser des investissements importants, notamment dans les bâtiments scolaires, la voirie et la mobilité, la stratégie climatique et énergétique ou l’encouragement de l’offre de logements. D’autre part, l’évolution démographique entraîne une forte augmentation des dépenses éducatives et sociales. En tant que présidente de la Conférence des directrices et directeurs des finances des villes CDFV, je note cette tendance dans d’autres villes également. La situation financière des villes est variable et caractérisée par des défis complexes. Actuellement, par exemple, le programme d’allégement budgétaire de la Confédération (PA27) risque d’entraîner un transfert de charges financières de la Confédération vers les cantons, les villes et les communes. Cela aurait des répercussions négatives durables sur les finances des autres échelons de l’État. Si l’aspiration à un budget sain est tout à fait compréhensible, la manière d’y parvenir ne l’est toutefois pas. Les villes directement concernées n’ont été impliquées qu’au cours de la phase de consultation, alors qu’une réorganisation des responsabilités, des tâches et des compétences devrait passer par une implication adéquate des partenaires.
Les mesures d’économie de la Confédération affectent divers domaines de la politique municipale : selon la configuration cantonale, les villes sont touchées directement ou indirectement et craignent que ces mesures n’entraînent des réactions en chaîne dans les structures de financement. Par exemple, la réduction à quatre ans de la durée d’indemnisation au titre des forfaits globaux dans le domaine de l’asile ne constitue pas une mesure d’économie, mais ne fait que transférer les coûts de l’aide sociale, qui dépassent un milliard de francs d’ici 2029, vers les autres échelons de l’État. Cette focalisation à court terme sur une intégration rapide plutôt que durable va à l’encontre de l’Agenda Intégration Suisse et risque d’entraîner à long terme une augmentation des coûts de l’aide sociale.
Les effets du PA27 aggraveraient les défis démographiques à long terme auxquels les villes sont déjà confrontées. Une étude commandée par la CDFV prévoit qu’à elle seule, la pression sur les dépenses, nourrie par l’augmentation des coûts de la formation et des soins de longue durée, pourrait en moyenne faire grimper le taux d’endettement des villes jusqu’à 93 % des recettes d’ici 2060. Le cumul des charges générées par le transfert des tâches, les coûts induits et l’évolution démographique met en danger la capacité des villes à agir. Celles-ci ont besoin d’une sécurité de planification et d’une marge de manœuvre financière pour pouvoir assumer durablement leurs tâches d’échelon le plus proche de la population et de moteurs économiques du pays.
